1. L’origine : Pete McBreen, 2001

Le terme vient du livre “Software Craftsmanship: The New Imperative”.

L’idée centrale : le logiciel de qualité ne peut pas être simplement “manufacturé” ; il doit être construit par des artisans fiers de leur travail, avec un engagement personnel visant l’excellence.

McBreen rejette la métaphore “Software Engineering” car le développement logiciel ne repose pas sur des lois stables et prédictibles comme l’ingénierie classique. Il estime que cela conduit à des processus trop rigides et mal adaptés à la réalité du code.


2. La critique de l’Agile : Uncle Bob, 2008

L’Agile était devenu obsédé par les processus (Scrum, Kanban) mais avait oublié l’essentiel : les pratiques techniques.

Le Manifeste Agile disait déjà dans ses principes :

“Une attention continue à l’excellence technique et à la bonne conception améliore l’agilité.”

Principe largement ignoré dans la pratique.


3. Le Manifeste Software Craftsmanship : 2009

En décembre 2008, un groupe se réunit à Chicago (8th Light, Corey Haines, Micah Martin, Paul Pagel…) et rédige un manifeste, publié en 2009.

Le positionnement clé : ne pas remplacer l’Agile, mais l’étendre. D’où la formulation “Not only… but also” :

  • Pas seulement des logiciels fonctionnels, mais aussi des logiciels bien conçus
  • Pas seulement s’adapter au changement, mais aussi ajouter de la valeur en continu
  • Pas seulement des individus et leurs interactions, mais aussi une communauté de professionnels
  • Pas seulement la collaboration client, mais aussi des partenariats productifs

4. L’essence du mouvement

Le Software Craftsmanship repose sur :

  • Le modèle apprenti → compagnon → maître : transmission par la pratique
  • Les pratiques techniques au cœur : TDD, Clean Code, refactoring, pair programming, DDD
  • La responsabilité professionnelle : être fier de son travail, pas juste livrer
  • La communauté : apprendre ensemble, partager, mentorer

5. Pourquoi le craftsmanship est encore plus nécessaire à l’ère de l’IA générative

L’IA génère du code rapidement, mais pas du bon code par défaut.

  • L’IA produit, l’artisan juge. Qualité, design, intention métier restent humains.
  • Risque d’amplifier la dette technique. Sans review strict avec le prisme du craftsmanship, l’IA accélère surtout la production de mauvais code.
  • Le métier se déplace vers la revue, l’architecture et le sens. L’artisan devient gardien de la cohérence du système.
  • Le craftsmanship fournit le cadre éthique. Responsabilité, lisibilité, maintenabilité, sécurité.

L’IA automatise la production, le craftsmanship devient le différenciateur humain entre code jetable et logiciel durable.